Shinsekai et environs

By Xtasy

  Avant-propos

Osaka. Osaka est une ville japonaise située dans la région du Kansai, elle a une superficie de 223 000 km², pour une population d'environ 2 670 000 habitants, merci Wikipédia. Bien qu'elle n'ait jamais été capitale du Japon, elle a été le théâtre de nombreux événements marquants de l'histoire de l'archipel dont nous ne parlerons pas ici, car ni Osaka ni l'histoire japonaise ne sont le sujet de cet article.
Tout du moins, pas entièrement.
C'est d'un tout petit quartier dont il est question aujourd'hui, un petit quartier et pourtant, tant de choses à dire. Une histoire riche, une cité perdue entre les âges, des mystères à chaque coin de rue, bref, une visite incontournable pour tout touriste passant par la ville des Takoyaki.

  Un peu d'histoire

*Ambiance amphi* Silence dans la salle !

Shinsekai, 'Nouveau monde', en voilà un drôle de nom pour un quartier qui fait à peine 4km², pour une population d'à peine 71 000 habitants (Merci Wikip... bon vous avez compris, j'ai pas été prendre les mesures moi-même x) ). C'est au début du XXe siècle, à l'occasion de la 5e exposition industrielle nationale qui avait pour but de présenter les dernières avancées techniques du pays (entre autre), que se rattache à ce qui était encore à l'époque la périphérie sud-est de la ville, cette zone rurale où rizières et champs en friche s'étendent à perte de vue. Cette annexion conduira à l'urbanisation de cette partie d'Osaka qu'on appelle aujourd'hui "Minami" (lit. le Sud).
Ayant accueilli plus de 5 millions de personnes en 5 mois à l'occasion de l'exposition, ayant généré la création de nouvelles routes et moyens de transports pour y accéder, le quartier a été créé pour rester et s'est aujourd'hui implanté dans l'esprit des Japonais.e.s comme un symbole de leur mégalopole occidentale.
On imagine donc assez aisément pourquoi le nom qui lui a été donné lui est, en fait, tout à fait approprié.

  Paris et New York aux portes d'Osaka

Shinsekai présente une particularité plutôt intéressante, et méconnue de beaucoup des personnes qui viennent la visiter. Son architecture singulière a été pensée pour ressembler à Paris, quand on la regarde depuis le nord vers le sud, et à New York, quand on la regarde depuis le sud vers le nord. Pour la ressemblance avec Paris... Mouais. De nos jours, il faut quand même faire un sacré effort d'imagination, mais quand on regarde une photo d'époque, la ressemblance devient tout de suite plus frappante.

Tsutenkaku

La tour et la structure en arc sont directement inspirés de la tour Eiffel et de l'Arc de Triomphe.
Quant à la moitié sud, il est vrai qu'on retrouve la sensation de verticalité new-yorkaise, et les pancartes et enseignes tout en longueur qui font échos aux panneaux de la ville qui ne dort jamais.

Tsutenkaku

  La tour Tsûtenkaku

Littéralement, "La tour qui mène au paradis" (traduction non officielle), la tour Tsûtenkaku est sans doute le monument le plus marquant du quartier. Celle que l'on peut voir s'élever aujourd'hui est une deuxième version qui date de 1956, après que la première a été démantelée. La première version était calquée sur le modèle de la tour Eiffel et ses 75 mètres en faisaient à l'époque la seconde structure la plus haute d'Asie orientale, alors que l'actuelle mesure 103 mètres. Elle contient des boutiques ainsi qu'un balcon panoramique d'où les visiteur.se.s peuvent admirer les hauteurs d'Osaka.
A l'époque, la partie nord, donc 'parisienne' de Shinsekai était constituée d'un parc d'attraction, le parc Luna Park, et était reliée à la tour Tsûtenkaku par un funiculaire attaché à un câble : un tour de force technique.

  Billiken, "The god of things as they are meant to be"

Mais qui est donc Billiken ? Ce petit personnage est en fait considéré comme une divinité porte-bonheur. Popularisé lors de la création du parc d'attraction Luna Park, il est devenu l'emblème de Shinsekai et l'est resté aujourd'hui malgré la fermeture du parc. La statue originelle qui se trouvait dans le parc n'a jamais été retrouvée, mais une copie a été créée et placée en haut de la tour Tsûtenkaku afin que les visiteur.se.s déposent des petits yens dans sa boîte à offrandes et viennent lui caresser les pieds, espérant attirer la chance et la prospérité.
Des répliques de la petite divinité peuvent se trouver partout dans le quartier, comme celle ci-dessous, notamment aux abords des restaurants.

Billiken
(Oui, oui je sais...)

  Les Kushikatsu

Et en parlant de bouffe... La spécialité culinaire du quartier sont les Kushikatsu, littéralement, des brochettes pânées, mais à ne pas confondre avec le Tempura, ce n'est pas la même pânure ni technique de cuisson qui sont utilisées. La plupart des restaurants du quartier en proposent à la carte pour la modique somme de 150 JPY (un peu plus d'1€) chacune, ou en menu afin de tester différentes brochettes. Les ingrédients varient énormément, on trouve des légumes, asperges, tomates cerises, citrouille, okura, mais aussi des champignons, de la viande, des mochi, des oeufs de cailles, du fromage...

Kushikatsu

Le tout se mange avec du chou japonais frais (à volonté), et une sauce sucrée. Attention ! Le code de bonne conduite à table est très important dans ces restaurants : en effet, la sauce sucrée où l'on sauce notre chou ou nos brochettes est servie dans un grand baquet en métal, qui servira à tous les clients de la table de la journée, il est donc crucial de ne pas y tremper ses baguettes utilisées, et de n'y saucer les ingrédients qu'une seule fois et avant de les avoir portés à sa bouche. Des avertissements sont affichés partout dans ces restaurants, et dans toutes les langues. Il est même probable que le staff vienne vous le redire à nouveau, surtout si vous n'êtes pas accompagnés de personne japonaise.

Mes recommandations personnelles sont les shi-itake (champignons typiques très goûtus), la patate douce (ou Satsuma-imo, vous ne passerez pas à côté dans la cuisine japonaise) et la citrouille (Kabocha). Si vous ne savez pas quoi prendre, vous pourrez toujours demander un "O-makase", qui signifie littéralement "Je vous laisse faire" (A dire avec l'applomb snob comme dans "Ratatouille" : Surprenez-moi mon bon Môssieur !). Et si vous aimez la bière, une bonne "Nama" (bière pression) bien fraîche fera une pause bienvenue entre toutes ces bonnes brochettes.
A noter qu'on peut aussi manger des Kushikatsu dans d'autres endroits d'Osaka, comme à Dôtombori, la rue gastronomique du quartier Namba, donc pas trop d'inquiétude si vous n'allez pas visiter le quartier pour déjeuner ou dîner :)

  Un quartier historique où il fait bon se divertir

Mais Shinsekai, outre sa bonne bouffe, c'est aussi une machine à remonter le temps, une vague du passé qui n'a jamais cessé de rouler sur ses rues pavées.

Coiffeur
(Je laisse ça là)

Visiter Shinsekai, c'est ouvrir une fenêtre sur l'Osaka d'après-guerre, ère industrielle japonaise, où on découvre la puissance de la vapeur et le raffinement du mode de vie occidentale. L'architecture y est bipolaire, véritable jonglage entre modèle de maisons traditionnelles et matériau moderne. On y trouve des établissements d'un autre temps comme cette salle d'arcade rétro :

salledarcade

Ainsi que des petits cinémas dissimulés dans les allées reculées, dont les affiches de film dessinées à la main ne sauraient se dévoiler sur un site accessible aux jeunes enfants, si vous voyez ce que je veux dire ;)

Pour les adeptes du sport et de la baignade, il y a SPA WORLD. Je ne peux pas vour parler de Shinsekai sans évoquer cet établissement de bien-être. Pour le très bas prix de 12€ (1500 JPY) par personne, SPA World propose un accès illimité à une grande piscine à toboggan, des sentô, ou "termes publiques" (Attention, au Japon on y va nu, les sentô ne sont évidemment pas mixtes), une salle de sport et un étage relaxation un SPA, des salons de massage et de manucure. Plusieurs restaurants sont disponibles dans le bâtiment même, vous permettant de vous restaurer avant de repartir faire trempette.

  Un quartier dangereux ?

Si vous demandez à un.e Japonais.e. de vous décrire le quartier, il y a de forte chance que "dangereux" soit dans la liste des adjectifs cités. Une autre façette de Shinsekai mine quelque peu sa réputation. A tort, à raison ? Je vais essayer de vous donner quelques clefs pour vous forger votre propre opinion.

Une fois l'effervescence de l'exposition retombée, le quartier n'a pas vraiment connu l'essort qu'on lui promettait. Tombé en décrépitude, le parc d'attraction qui faisait sa principale activité a dû fermer en 1923. Le grand parc de Tennouji a longtemps été occupé par l'armée japonaise afin d'y stocker les armes, et en 1943, c'est tout un symbole d'époque qui s'effondra avec l'incendie qui ravagea la tour Tsûtenkaku, première du nom.
C'est dans ce contexte que Shinsekai s'est vu accaparé par une autre forme d'activité, plus souterraine.
La mafia japonaise, souvent ralliée sous le terme générique "Yakuza", a profité de la pauvreté du quartier pour y implanter ses activités. Sans entrer dans les détails, car d'une part les Yakuza mériterait sans doute un article entier, d'autre part, ce n'est vraiment pas mon domaine d'expertise et je ne voudrais pas faire de la désinformation, la zone est surtout connue pour ses trafics de personnes et de drogue (qui est interdite sous toutes ses formes dans l'Archipel). On note notamment l'existence d'un quartier non loin de Shinsekai, Tobita-Shinchi, qui est au premier plan de la prostitution d'Osaka.
Cette mafia, bien qu'ayant été affaiblie avec les réformes d'après-guerre, existe toujours et serait encore bien présente dans le quartier, c'est aussi pourquoi les habitants d'Osaka ont coutume de dire qu'à Sinsekai, il ne faut jamais demander à son "compagnon de bar" ce qu'il ou elle fait dans la vie. Flic et mafieux peuvent ainsi faire tinter les pintes sans risquer les conflits.
Outre la crimilité organisée, ce quartier souffre aussi beaucoup d'une forte présence de sans-abri, qui renforce son aspect insalubre, surtout la nuit.

Mais rétablissons tout de suite quelques vérités, le quartier se gausse d'une mauvaise réputation à cause de la présence de réseaux criminels, certes, mais toi, là, assise sur ton siège de bureau à lire ces lignes, tu as à peu près autant de chance que ça te concerne que de devenir Première Ministre japonaise. Les Yakuza mettent d'ailleurs un point d'honneur à ne pas trop impliquer les étranger.ère.s dans leurs affaires (et non, tu ne veux pas savoir comment je le sais :)). De plus, la criminalité est très faible au Japon de manière générale, il n'y a pas plus de violeurs/voleurs/tueurs à Shinsekai qu'ailleurs. Pour y aller assez souvent, je dirais que le plus gros risque c'est de te faire gerber dessus par un salary-man pas très frais. Question danger, si tu vis en région parisienne, t'as connu pire je pense.

  Tobita Shinchi

Quelques petits mots rapides sur le petit quartier de Tobita Shinchi. Ces quelques rues qui qui s'entrecroisent sont perlées de maisons closes. Il faut savoir que cette industrie n'est pas trop trop légale, et que le quartier est sous tutelle mafieuse. Les flics n'y passent simplement pas, donc les hommes en noir que vous verrez aux abords des rues pour "protéger" les habitantes ne sont pas les gars du petit Kôban du coin.
S'y promener n'est pas interdit, mais peut laisser une sensation étrange, tant par le contact cru que l'on peut avoir avec la réalité du trafic de personnes qui s'y déroule qu'en raison de la mise en scène des 'vitrines' pour présenter les... produits. Souvent, une dame plus âgée est postée devant la porte de la maison afin d'inciter les hommes à s'approcher, et derrière elle, isolée dans l'encadrement, une fille plus jeune et joliment présentée.
Malheureusement je n'ai pas de photos car... c'est interdit d'en prendre là-bas, mais si ça vous intéresse, le rappeur japonais Shingo a fait une chanson avec un clip dessus, que vous pouvez trouver ici.

  Tennôji

Nous voici donc à la fin de notre visite, Shinsekai est derrière nous, nous disons au revoir, la larme à l'oeil, à une pieuvre géante qui nous agite ses tentacules attristées à la sortie du quartier.

pieuvre

Et face à nous, un zoo.
Shinsekai est séparée de Tennôji par un petit parc zoologique, qui n'a rien de bien exceptionnel :) Il peut d'ailleurs être évité en passant simplement au-dessus, via une promenade fort sympathique qui vous offrira une magnifique vue sur Abeno Harukas, un gratte-ciel tout vitré qui n'est pas sans rappeler les hautes tours de La Défense.
On trouve dans les environs le musée d'arts modernes d'Osaka, des galeries commerciales et bien sûr, la gare JR :) Le quartier doit son nom au temple Shi-tennôji, le plus vieux temple bouddhiste du Japon, qui date du VIe siècle, et sur lequel je ne m'étends pas car... je n'ai encore jamais été le visiter o.o

  Conclusion

Osaka. Osaka regorge de petites merveilles méconnues, il faudrait tout un forum consacré uniquement à cette ville (J'en fais trop ? J'en fais trop...). Mais en tout cas, vous en savez plus sur l'un de ses quartiers les plus emblématiques.
Shinsekai et Tennôji feront, j'espère, partie de votre liste des choses à voir quand vous poserez le pied sur l'Archipel. A très bientôt !